Chaque jour apporte la démonstration qu'on ne pourra rien faire de l'Union européenne.

Voici onze jours, l'Eurogroupe décidait d'aménager la dette grecque (aménagements au demeurant cosmétiques). Trois jours après cette décision, le premier ministre Tsipras annonce que l'Etat grec va verser aux retraités les plus pauvres une prime de Noël et ne procédera pas à la hausse de TVA prévue dans les îles grecques tant que persiste la crise migratoire. Le coût estimé de ces mesures est de 617 millions d'euros.

A force de faire des économies drastiques, la Grèce connaît désormais ce qu'on appelle un solde primaire positif; c'est-à-dire que si l'on ne tient pas compte du paiement des intérêts de la dette, la Grèce n'est plus en déficit.

En d'autres termes, les Grecs en ont bavé! Et c'est de cet effort collectif consenti dans la douleur que proviendraient les 617 millions d'euros nécessaires à la mise en oeuvre des mesures de fin d'année prévues par le gouvernement Tsipras.

Et pourtant... A la suite des annonces de Tsipras, le porte parole de l'Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem a fait savoir que l'aménagement de la dette grecque était suspendu!

 Une vraie surprise de Noël car si l'on en croit les informations disponibles sur le site du Mécanisme Européen de Stabilité, organe décisionnaire, cette annonce ne fait suite à aucune réunion formelle de l'Eurogroupe.

C'est l'Allemagne, et elle seule, qui a demandé la suspension de l'aménagement de la dette grecque. Pour parvenir à ses fins, elle a trouvé un soutien de poids dans la personne de Jeroen Dijsselbloem qui est également ministre des finances aux Pays-Bas. Il faut dire que le gouvernement néerlandais jouit d'une excellente réputation au sein de la guilde des acharnés "pro-austérité" menée tambour battant par les Allemands.

Yanis Varoufakis avait déjà alerté sur cet Eurogroupe fonctionnant hors des traités et dans la plus grande opacité. En voici une illustration supplémentaire.

Aux dernières nouvelles, la Commission européenne se désolidarise de l'Eurogroupe. Même le FMI, pas franchement connu pour être un repaire d'économistes hétérodoxes, estime que l'austérité en Grèce devient contre-productive.

Qu'à cela ne tienne, l'Eurogroupe persiste et signe.

Faut-il s'étonner de la survenance de ce genre d'épisode ?

Plus vraiment. L'Union européenne produit ce pour quoi elle a été programmée : de l'austérité. Et elle la produit de la manière la plus anti-démocratique qui soit sous la férule mortifère de l'Allemagne. Chaque nouvel épisode de cet acabit démontre que l'Union européenne ne peut, ni ne sait, faire autre chose.

 

Frédéric VIALE