En décembre, comme tous les deux ans, s’est tenue la treizième conférence des parties de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique – la "COP13" – à Cancun, lieu par ailleurs emblématique d’un développement extensif et dénaturé, symbole de cette projection du pouvoir de consommation de l’homme blanc et de ses clones à travers le tourisme.

Cette convention sur la diversité biologique forme, avec celles sur la désertification et le climat, le trio des conventions environnementales du sommet de Rio de 1992.

Elle est paradoxalement moins connue que sa petite sœur du climat (au moins depuis la COP 21), alors que l’ampleur de la crise du vivant est toute aussi phénoménale que celle du climat : en deux générations, ce sont la moitié des vertébrés qui ont disparu de la surface de la planète. Les océans, en particulier, se vident littéralement de leur faune et de leur flore. Si la disparition des espèces a toujours fait partie du cycle du vivant, la cadence des extinctions actuelles peut être de centaines ou milliers de fois supérieure, au rythme géologique constaté. C’est ce que l’on appelle la sixième extinction. Le mode de vie de Homo occidentalis, "maître et possesseur de la nature », a accéléré la mort du vivant depuis les deux derniers siècles à un rythme géologique. C'est aussi une des marques de l'anthropocène.

C’est ennuyeux, et pas seulement pour les coccinelles ou pour les ours blancs.

Outre les dimensions purement éthiques et esthétiques, il s'agit aussi de stockage du carbone, de sécurité alimentaire ou de maintien des sols. Cette dégradation environnementale contribue à pousser les gens hors de chez eux. Les migrants qui se pressent vers l’Europe viennent tous de zones arides et en dégradation, trop délaissées par les politiques nationales et l'aide internationale.

On notera qu’en décembre, l’Union européenne a préféré remettre 100 millions d’euros entre les mains de l’Organisation internationale des migrations pour policer le sujet en bout de course, plutôt que de travailler sur les causes profondes de ces flux migratoires.

Bref.

 

Revenons à cette COP13... alors?

La rencontre de décembre dernier est ce qu'on pourrait appeler une COP de mi-parcours. En 2010, vingt objectifs - appelés "Objectifs d'Aïchi" - avaient été assignés aux participants dans le but de leur constituer une feuille de route pour la décennie à venir. Jusqu’à présent, les États ont peu progressé sur les engagements pris en termes de sensibilisation, de sauvegarde, de meilleure utilisation des ressources ou de la planification de cet usage.

Malheureusement donc, les débats ont surtout permis de mettre en lumière les limites de la Convention des Nations Unies sur la diversité biologique, ainsi que de ses deux protocoles, qui ont trop peu de force contraignante et dont la mise en oeuvre dépend essentiellement de l'action directe des États. Les conférences des parties ne sont finalement que des marqueurs de l’action ou de l’inaction des gouvernements nationaux.

Parmi d’autres débats, elle aura souligné aussi les enjeux formidables, qui évoluent très rapidement, de la biologie de synthèse. Quels liens entre les lieux du vivant et des séquences génétiques vendues ou partagées dans les nuages numériques ? Et faut-il modifier la vie – l’ADN du moustique vecteur de paludisme par exemple – pour le bien-être humain ? Quelle régulation nationale et internationale ? Combien de temps le moratoire tiendra-t-il ?

 

Et après ?

Dans cinq ans seront célébrés les trente ans des conventions de Rio et de leur échec – ou plutôt de l’échec des gouvernements et des consommateurs à les mettre en œuvre, entre soumission volontaire à un libre-échange mortifère, addiction aux engrais de l'agro-industrie et consommation joyeuse d'huile de palme et autres produits dommageables. Cinq ans, c'est également le temps qui s'est écoulé entre la COP climat de Copenhague et celle de Paris. Si la volonté est là, c'est amplement suffisant pour construire une prise de conscience et un consensus sur une question d'urgence pour notre avenir en commun.

L'enjeu est là : mobilisation les consciences et les actions vers un changement de modèle. Quels sont les objectifs à défendre: un nouveau texte onusien, des moratoires sur certaines productions ? Quelle forme de contrainte exercer ? Quelle éducation donner en ce sens ?

Cinq ans, c'est aussi très long à l'aune de l'urgence. L'Union européenne, souvent en pointe au niveau international sur ces sujets, est paralysée à 28, notamment par les nouveaux entrants.

Des mouvements d'éducation à l'environnement et de protection de la biodiversité existent, ici et maintenant. Beaucoup sont malmenés, voient leurs subventions coupées, manquent de bonnes volontés. Il convient de les soutenir, mais aussi de se saisir des prochaines élections pour leur assurer un soutien institutionnel et politique sans lequel ces initiatives (bio)diversifiées s'éteindront elles aussi à marche forcée.