par Frédéric Viale

Voici quelques jours, j'indiquais en quoi les déclarations du vice-chancelier allemand, du président et du ministre français du commerce extérieur clamant leur opposition au TAFTA relevaient de l'opération de communication à usage des moutons (pour quoi ils nous prennent). Et j'annonçais, entre autres, que le conseil européen de Bratislava ne marquerait ni la fin du TAFTA ni, encore moins, celle des politiques de libre-échange puisque par ailleurs, le CETA (l'accord UE-Canada) était promu par ces contempteurs en peau de lapin du TAFTA.

Depuis, un certain nombre de mouvements ont eu lieu dans les instances dirigeantes et dans certains partis qui dénotent d'une certaine fébrilité des gouvernants.

Alors que voici quelques jours, 300 000 personnes manifestaient en Allemagne contre le libre-échange,
le parti social démocrate d'Allemagne (SPD), auquel appartient le vice-chancelier Gabriel, se réunissait pour prendre position sur le CETA.

Et savez-vous ce qu'il a décidé ?

Que le CETA était un bon accord. La motion votée demande  un processus de consultation "détaillé" entre le Parlement européen, parlements nationaux et groupes d'intérêt avant l'application provisoire de l'accord – bref, rien de concret. A n'en pas douter on est bien chez des sociaux démocrates.

Visiblement, ce qui a emporté le morceau, c'est une déclaration conjointe de la ministre canadienne  et de la commissaire européenne chargées du commerce les engageant à signer une déclaration juridiquement contraignante sur les questions les plus controversées du CETA.

Donc pour l'instant, il s'agit d'une déclaration par laquelle ces autorités promettent une autre déclaration ultérieure dont chacun ignore ce qu'elle contraindra au final ni quelle sera sa nature juridique réelle, ni en conséquence quelle sera sa force contraignante.

Au Conseil de Bratislava, la chancelière Merkel va s'appuyer sur cette promesse de déclaration conjointe et sur la motion du SPD – qui elle-même se base sur ce qui est pour l'instant une simple promesse.

Plusieurs suites sont dès lors envisageables : soit les mobilisations continuent à être fortes un peu partout et il n'est pas impossible que la promesse faite par la ministre canadienne et la commissaire européenne aboutisse à une déclaration juridiquement contraignante qui borderait les aspects les plus nocifs du CETA ; soit les promesses n'engageant que ceux qui y croient, la déclaration promise est vide et le CETA passera avec toute sa nocivité à l'instigation de la Commission européenne et des gouvernements, avec la complicité du SPD (son petit frère français, le PS, se remue lui énormément pour tenter de convaincre que le CETA est bon en l'état). Dans ce cas, les sociaux-démocrates auront une part écrasante dans le passage en force du CETA s'il se réalise – puis dans la continuation des négociations TAFTA qui ne manqueraient pas de suivre.

Certes, nous sommes habitués aux légèretés des sociaux-démocrates, mais tout de même, ils sont pénibles. Quoiqu'il en soit, il n'est pas question de baisser la garde : la bataille est loin, très loin d'être gagnée.



--

Quelques liens :

http://www.ouest-france.fr/ economie/commerce/traite- transatlantique-des-milliers- dallemands-manifestent-contre- 4498013

http://www.ledauphine.com/ france-monde/2016/09/17/tafta- des-centaines-de-milliers-de- personnes-dans-la-rue

http://www.ladepeche.fr/ article/2016/09/18/2421138- allemagne-manifestations- contre-le-libre-echange- transatlantique.html

http://lalterpresse.info/ mobilisation-contre-tafta- ceta-allemagne/

http://www.lefigaro.fr/flash- eco/2016/09/17/97002- 20160917FILWWW00103-tafta- 320000-allemands-manifestent. php

http://www.humanite.fr/ allemagne-plus-de-300-000- personnes-defilent-contre-le- tafta-615884